production 

gabriel yacoub tri
label: celluloïd / mélodie [BP3187, 1999] durée : 70:51
gabriel yacoub : Y :
label: celluloïd / mélodie [67030-2, 2001] durée : 46:37


voila à peu près 30 ans, gabriel yacoub formait le groupe folk probablement le plus important de france, malicorne. il y a 20 ans malicorne se séparait, et gabriel entamait sa carrière solo
alors que tri - une compilation de ses 5 premiers albums solo - donne un aperçu de ces 20 premières années, le nouvel album : Y : suggère une nouvelle phase de sa carrière
tri présente 16 titres des 5 premiers albums de yacoub, et on le voit expérimenter différents types de formations. il montre, avec des titres de son premier album "trad.arr", comment gabriel a commencé, très traditionnel et minimaliste, pour se diriger vers une écriture de qualité avec des arrangements musicaux plus élaborés, pour enfin s'entourer d'un groupe pop/rock qui fut parfois bien loin de la musique folk (il suffit d'écouter - l'horrible à mon goût - "papa-loi, maman-loi"). au final, tri donne probablement une bonne image de ces années, offrant plusieurs des moments les plus marquants de sa carrière solo, et couvre une telle variété musicale que certainement, seuls les inconditionnels s'y retrouveront
même si tri propose quelques vraiment "grandes" chansons, c'est un réel plaisir que de découvrir comment le style de gabriel a évolué aujourd'hui
la musique est maintenant plus "back to the roots", plus de groupe rock, mais un mélange agréable de chanson et de musique traditionnelle. comme gabriel le disait il y a quelques années lors d'une entrevue avec folkworld : "la dernière formation, était un gros groupe, un vrai groupe de rock'n'roll, (...) j'en avais un peu assez de ça. (...) je souhaitais quelque chose de plus simple, plus direct, je voulais pouvoir jouer dans de grandes salles mais aussi dans de plus petites. alors j'ai essayé d'imaginer quelle serait la meilleure formule". il semble que la solution a été trouvée. alors que la majorité des chansons est signée gabriel yacoub (à l'exception d'une en anglais de richard shindell, et une de paul fort & georges brassens), le choix des musiciens est beaucoup plus "folky". on trouve ses compagnons de scène, nathalie rivière au violon & yannick hardouin à la basse, on trouve aussi gilles chabenat à la vielle, ou le breton ronan le bars au uillean pipe. avec ça des percussions plus tribales et quelques cuivres
de nombreuses chansons possèdent cette typique mélancolie à laquelle gabriel nous a habitué. la musique que gabriel yacoub nous offre aujourd'hui est entre les folks français & celtiques [?], la chanson française, la musique classique et peut-être un peu de pop, mais on y reconnaît le son unique et distinctif que nous connaissons depuis l'époque de malicorne
si je devais recommander un seul de ces 2 cds, mon choix irait sans aucun doute vers : Y :. cet album présente gabriel yacoub au meilleur de sa carrière solo
: Y : a été nommé par les éditeurs de folkworld, un des 10 meilleurs cds de 2001

michael moll - folkworld, de
 
"yacoub tri and western"

nous tenons à signaler à notre aimable lectorat que ce reportage est entièrement bidonné, et qu'il a été réalisé grâce à la complicité de quelques admirateurs anonymes, désireux d'arrondir leur faim de moi, ainsi qu'à une totale collaboration de l'artiste. en effet, celui-ci se réjouit de se livrer à ce jeu des énigmes où, pour une fois, tel l'antique sphynx omniscient questionnant le miroir de l'absolu, il devra lui-même consentir à son examen de conscience, proposé ici sous la forme d'une autocritique complète et transparente

l'echo : après avoir été encensé par la presse internationale, consacré inventeur historique de la world music, décrit comme le dylan français, où puisez-vous cette force intérieure qui vous permet d'assumer aussi sereinement la profondeur de votre génie et d'accomplir avec autant de simple détermination l'héroïque mission que ce siècle vous a dévolue et dont il a bien voulu faire de vous l'élu, unique et responsable ?

gabriel yacoub : heu...

l'echo : nous connaissons, à la rédaction, votre incommensurable sens de la réserve, ainsi que votre légendaire modestie, mais enfin ! nous sommes ici pour informer nos lecteurs admiratifs et avides d'en savoir plus sur vos nouvelles prouesses

g. y. : on avait dit "fantastiques exploits" !

l'echo : pardon, sur vos fantastiques exploits

g. y. : ben c'est une compile

l'echo : de grâce, ne nous laissez pas mourir de soif auprès de la fontaine, et donnez-nous quelques détails exclusifs, livrez-nous quelques anecdotes croustillantes sur le showbizz parisien, enfin, du news, du people, quelque chose qui va pulvériser le lecteur et le laisser pantelant devant son echo…

g. y. : Ça me donne soif tes conneries, t'aurais pas une bière ?

l'echo : …il ne faut lui laisser aucune chance, il doit crier pitié, appeler sa mère, s'arracher les cheveux, se lacérer le visage... il faut qu'il meure s'il n'achète pas tri ! tu piges ? d'ailleurs, maître, quelle est la source de cette géniale et authentiquement moderne réflexion qui vous inspira ce titre fulgurant : tri ?

g. y. : heu... on a trié.

l'echo : voulez-vous signifier par-là qu'il vous a fallu procéder à une sélection sage et judicieuse dans l'abondance, l'originalité et l'incomparable richesse de votre oeuvre ?

g. y. : oui

l'echo : alors que certains se complaisent à glorifier le passable par rapport au médiocre, de bestofiser l'ordinaire à coup de campagnes publicitaires, devons-nous comprendre que vous avez réalisé l'incroyable exploit d'extraire la substantifique moelle de votre art, aussi subtil et extraordinairement novateur que votre démarche, en tant que philosophe, doublé du fantastique créateur que l'on sait ? par ailleurs, quelle étincelle de lucide révélation vous a inspiré pour mentionner les titres des œuvres que vous avez choisies afin de ne pas figurer dans cette christologie, cette sélection tendant à frôler le sublime ?

g. y. : attends, là, j'ai rien compris...

l'echo : bon, je t'explique : tu dois me dire comment t'as choisi les titres. tout le monde s'en fout, mais faut bien qu'on remplisse du papier, tu piges ?

g. y. : bon, d'accord. ben..., j'ai mis mes 5 disques solo sur ma multi-cds platine, après j'ai appuyé sur "random", et toc, voilà le travail !

l'echo : tu te fous de ma gueule, ou quoi ? tu crois pas que je vais gober tes conneries ! on fait pas une compile comme ça, même chez sony ! allez, crache le morceau, tu vas parler, ordure ?

g. y. : on peut faire une pause ?

[pause]

l'echo : vous avez su jeter un pont entre le vulgaire et le sacré. on vous a maintes fois décrit comme le troubadour du xxe siècle, entre tradition et modernité. votre réputation de mythique génie créateur s'est répandue sur toute la planète à la vitesse d'un cheval au galop et l'aura légendaire dont la ferveur populaire vous a entouré n'a encore été égalée à ce jour par aucun de vos pairs. en quoi revendiquez-vous votre statut incontesté de citoyen du monde ? estimez-vous que les réflexions que cet état de fait suscite, ainsi que l'éternelle sollicitation de vos fervents admirateurs qui, si elle peut s'interpréter comme une marque insigne de respect et de glorification de votre génie créateur, pourrait néanmoins en déstabiliser plus d'un, dotés d'une moindre sagesse innée, ou de lacunes, parfois non avouées, concernant certaines notions socio-historique sur le rôle de l'artiste dans la société civile contemporaine et les devoirs lui afférant ?

g. y. : tu veux parler de manau ?

[silence consterné]

l'echo : tri couvre l'ensemble de votre unique et extraordinaire parcours artistique depuis trad. arr., le premier et essentiel album solo en 1978, précurseur d'une longue série de chef-d’œuvres qui n'est pas sans évoquer la fulgurante créativité des génies du passé, tels shakespeare, lamartine, ou jean dutourd, en plus trad. rappelons que cet exploit fut accompli simultanément au paroxysme du succès mondial et phénoménal du groupe malicorne, dont vous fûtes la voix et l'âme, non ?

g. y. : si !

l'echo : s'en suivit e.l.f. (elementary level of faith), en 1986. album expérimental s'il en est, et qui défraya la chronique. le concept moteur en fut l'expérimentation des techniques naissantes d'échantillonnage, la volonté impérieuse et déterminée d'y laisser la trace de votre passionnante inventivité et de repousser les limites des conceptions techno humanistes dans le domaine du sampling. e.l.f. est considéré par beaucoup comme un disque pionnier d'un incommensurable courage intellectuel, et en inspira plus d'une : suzanne vega et mitchell froom, manau, etc... on pourrait citer jean-paul 2 qui lui, se dévoila plus sensible à la dimension spirituelle du titre de l'album...

g. y. : tu crois ?

l'echo : ta gueule !

g. y. : c'est pas à ce moment-là qu'on a commencé à me confondre avec gabriel yared ?

l'echo : t'as raison mais ça n'a rien à voir. c'est dans le même numéro de libé qu'ils invitaient les bretons de paris à venir "danser le fest-noz" à la loco à 2 plombes du mat' un mardi soir. tu m'étonnes que y'en a quelques uns qu'ont changé de métier depuis. on pourrait plus dire ces conneries aujourd'hui ! mais c'est tout de ta faute, tu fais tout à l'envers. t'es un gros niais, t'as un problème d'image !

g. y. : m' enfin...

l'echo : on soulignera que e.l.f. délivra les premières chansons signées par gabriel yacoub, et révéla au public ému l'immense poète que l'on sait

g. y. : sans dec ?

l'echo : c'est avec stupeur et émotion que l'univers béat accueillit bel, dont vous daignâtes nous combler en 1990. bel fut immédiatement loué, superlativement chroniqué, pour devenir l'indispensable, le must de yacoub. vous opérâtes un extrêmement judicieux retour aux sources, instruments acoustiques, cornemuses, mandoloncelle, harmonium, quatuor à cordes, voix de femmes, que vous affectionnez, et dont, dans votre immense générosité, votre innocente candeur, et votre soif du vécu et de cette dimension d'extrémité et d'authenticité, accessible à peu, et qui vous fait honneur, vous eûtes la générosité de nous gratifier. on ajoutera à votre crédit ce désintéressement altruiste autant que pusillanime

g. y. : n'importe n'a'ouac !

l'echo : on y trouve des classiques comme "bon an, mal an" ou "les choses les plus simples", repris récemment par joan baez & maxime le forestier, et qui faillit de peu être certifié "platine" au grand dam de zazie et pascal obispo. puis vint quatre, en 1994. ffff et "disque de l'année" dans télérama. c'est un peu votre sergeant peppers lonely hearts club band, non ?

g. y. : on avait dit pas de trucs dégueulasses !

l'echo : la ferme ! laisse-moi finir...
babel, 1997, le dernier, est la quintessence de votre art, votre pierre philosophale, votre petite folie, votre petit grain de fantaisie ?

g. y. : heu...

l'echo : une question, multiple, à laquelle, j'en suis sûr, votre réponse satisfera les exigences légitimement curiositaires de notre cher lectorat réputé pour sa soif de vérité, et éventuellement de scoops en tous genres : pourquoi, à l'aube du xxie siècle, dans une période secouée par les conflits planétaires, les dérives de la mondialisation, la babélisation, comme vous avez si bien su la décrire au travers d'un de vos définitifs traits de génie, et les prophéties embarrassantes d'andré malraux, souhaitez-vous la parution de ce tri, qu'on pourrait aisément qualifier d'écrémage cérébral, ou même alchimique ? deuxième volet de ma question : pourquoi ce choix des somptueux clichés de cet artiste photographe prestigieux qu'est pierre terrasson pour illustrer l'œuvre?

g. y. : heu... ben... on voulait faire rentrer un peu de fraîche sur le compte de boucherie et sur le mien... alors tu vois, pour terrasson, il nous a fait un prix d'enfer. y'a que les super bons et les stars qui se foutent du pognon. terrasson, c'est les deux !

l'echo : tri est un vingt-et-unième anniversaire. en psychanalyse, 21 symbolise l'individu autonome entre l'esprit pur et la matière négative, la responsabilité. la vingt-et-unième et dernière lame du tarot, le monde, signifie l'accomplissement, la plénitude, le but atteint. dans la bible, le 21 est le nombre des attributs de la sagesse, de la perfection par excellence. Ça vous fait pas flipper ?

g. y. : non

par notre envoyé spécial abdul al-rhazed, dépêché en exclusivité par l'écho des côtelettes sur les lieux du forfait - l'écho des côtelettes n° 14 printemps 1999
 
 
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